Corps-Thérapie, une thérapie par l'équilibre et le mouvement.

À la croisée des chemins

 

alcc

 #migrant’s mood :

 « Ils bifurquent, reviennent parfois sur leurs pas, tâtonnent… Ils cherchent encore leur « chance », certains, aussi, s’essoufflent dans leur quête et marquent le pas, découragés, abîmés par leur fuite, mais ils ne peuvent imaginer un instant rebrousser chemin.

Comment faire demi-tour après tant de route ? Comment avancer quand tout paraît bloqué ? ».

Les phénomènes migratoires dans leurs expressions contemporaines ne cessent de nous interroger sur les chemins à explorer pour traverser le temps...

Homo sapiens est un migrant !

alcc3

Alors, faut-il s’interdire des chemins trop escarpés, au risque de glisser ? Faut-il rester sur des routes déjà bien tracées, au risque de se scléroser ?

Pour aller vers sa « destinée », faire ce qu’on « aime », croire en sa « chance », vivre de sa « passion », comment faire ?

Souvent, on cherche à mieux comprendre par où l’on est passés, avec quelles histoires on peut se raconter pour mieux s’identifier, se circonscrire.

Comment mettre en relief nos aptitudes et nos connaissances ?

Et puis, quelles ambitions porte-t-on pour l’avenir ? Quelles priorités est-on prêts à s’imposer ? Dans quelles perspectives temporelles ? De quelles capacités de conciliation voir d’abstraction dispose-t-on ? Quelles logiques de combat est-on prêts à mener ?

Alors comment se décider quand on est à la « croisée des chemins » ?

Est-ce notre histoire qui nous conduit à faire un choix ou la promesse d’un devenir en évolution favorable ?

Comment faire le lien entre ces deux périodes de temps et le présent, l’instantanéité du moment, le réel de l’échange?

alcc11

Bien que le cadre des échanges soit généralement bien défini, l’incertitude, l’aléatoire compose ce présent. Le champ d’expression des possibles est limité par les caractéristiques du moment mais il est toujours possible de « battre le hasard » et de tirer profit des rebondissements engendrés.

C’est la partie à jouer !

alcc4Cette dynamique du présent à la fluctuation variable nous invite à faire des choix tactiques et stratégiques pour mieux interagir.

Mais qu’est-ce qu’un choix tactique ?

Un attitude corporelle capable de nous mettre à l’écoute ?

Une capacité à entrer en jeu au bon moment ?

Un ensemble de savoir-faire qui nous engage dans l’action ?

Être un bon tacticien, c’est aussi savoir prendre à contre-pied, parfois même savoir faire un pas de côté, c’est surprendre en jouant des oppositions, c’est s’affirmer sans s’imposer, c’est emmener l’autre dans son sillage, dans son cercle vertueux...

Une prestation d’équilibriste !

alcc5

Cette dynamique du présent dépend également d’élaborations stratégiques, la planification, la qualité des contenus informationnels à délivrer en sont les principaux éléments.

Par ses concepts, la stratégie lisse un peu le présent, elle le tend entre le passé et l’avenir. La stratégie formule un contenu cognitif et l’illustre de symboles signifiants. La stratégie limite les interactions, elle donne une direction, une projection vers l’avenir.

En dépit d’un champ des possibles contraint par les circonstances, d’un contexte déjà bien esquissé, de règles et de normes bien établies, l’enjeu est d’user de tactiques et de stratégies ! 

alcc10De notre corps sensori-moteur, de nos fonctionnements neurologiques à multiples niveaux d’intégrations, les tactiques sont issues.

Alors comment nos réflexes posturaux qui soutiennent notre condition d’être humain peuvent-ils être mieux stimulés?

Que sommes-nous inviter à mobiliser de façon plus certaine ?

Comment est-il possible de mieux se déployer, de mieux s’ouvrir, de mieux réagir à l’instant ?

 

Léonard_de_Vinci

La connaissance de soi par le corps demande un cheminement qui oscille entre quête d’équilibre stabilisateur et recherche de mobilités à fluctuations variables. L’exploration de son souffle, de ses forces de redressement conditionnées par la gravitation, de ses pivots rotatoires sont des éléments structurants pour élaborer des savoir-faire dont la finalité est l’adéquation d’un comportement avec la situation. Par ces compétences, on se situe dans un flux relationnel à même de faciliter l’exploration de la situation et d’intervenir dans des échelles de temps et d’espace variées.

Tout cela « s’apprend sur le tas » et la logique didactique prévaut. Bien sûr, le rapport à l’environnement par le jeu, par les activités sportives et artistiques sont les moyens les plus couramment employés, il présente l’avantage d’être accessible à tous avec les moyens dont on dispose.

alcc6

La corps-thérapie est un moyen privilégié pour apprendre à mieux se connaître, on apprend à décliner ce que le corps nous invite à redécouvrir comme fondamentaux à explorer.

Redécouvrir ses stratégies d’équilibres dynamiques est l’objectif fondamental.

Aimable remerciement à Patrick Barthes (sur FB Pataphotograpie) pour cette photo.

alcc7

De notre réflexion menée, du travail accompli, on élabore des stratégies, des plans pour illustrer et synthétiser l’information, la transmission à caractère symbolique en résulte.

Fondamentalement, quels objectifs avons-nous ? Quel est notre responsabilité vis-à-vis de l’autre ? Comment œuvrer pour favoriser des écosystèmes propices à la réalisation de soi et de l’autre ? Et finalement comment faire société humaine ?

Vaste programme !

La connaissance de soi par la pensée, la capacité à se représenter, à se forger une identité passent par la coexistence de conceptions éthiques, ontologiques, philosophiques, elles ont toutes pour buts de faire exister l’autre autant que soi-même dans un laps de temps plus long. Leurs raisons mêmes de se déployer dans nos sociétés sont de nous inscrire durablement dans le temps jusqu’à en explorer l’idée même de la pérennité, de la durabilité dirait-on aujourd’hui.

Apprivoiser ces notions est difficile, pourtant tout est fait dans la nature de l’existence pour le constater à travers nos propres expériences de vie : le déséquilibre est partout, le foisonnement d’informations omniprésent !

alcc8Comment peut-on tenter de répondre à cette tension entre l’incertitude de l’action et le rôle stabilisateur apporté par l’information ordonnatrice, le symbole qui rassemble et fait durer ?

Au fond, comment comprendre la nature même de cette tension qui tient l’ensemble et qu’on pourrait appeler désir ou alternance indivisible selon la sensibilité de chacun ?

 *****************

Les histoires partagées dans notre patrimoine littéraire, les contes populaires de notre enfance nous en parle; par choix personnel j’aimerais plus particulièrement m’arrêter sur une histoire qui a marqué mon enfance : La chèvre de Mr Seguin.

  http://herve.flores.online.fr/V-illus/liens/chevre.html

« Ah! qu'elle était jolie la petite chèvre de M. Seguin !

Ses yeux, sa toilette, son comportement tout donnait l’impression d’une vie de chèvre bien accomplie.

M. Seguin lui avait aménagé un bel et grand espace mais pas aussi attrayant que la montagne qu’elle contemplait. Alors, lasse de cette vie, elle décida de se lancer et profita de sa nouvelle liberté avec grand plaisir.

Quand la nuit tomba, que les hurlements du loup se manifestèrent, elle entendit au même moment la trompe de M. Seguin. Hésitante, elle eut envie de rentrer; mais en se rappelant sa condition d’avant, elle pensa qu'il valait mieux assumer le choix qu’elle avait fait.

Alors, la chèvre de M. Seguin combattit, elle voulait faire mieux que les autres chèvres et durer plus longtemps en dépit de la mort annoncée. « Ses petites cornes entrèrent en danse », gourmande, elle cueillait encore de sa chère herbe avant de retourner au combat la bouche pleine.

Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait:

«Oh! Pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...»

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents...

Le chant du coq monta d'une métairie.

- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir;

et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang.

Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea. »

alcc1De prime abord, au pied de la lettre, on serait tentés de croire que la morale de cette histoire se réduit à l’idée qu’il ne faut pas s’échapper de son pré carré pour ne pas avoir d’ennui, qu’il est dangereux de s’éloigner de sa zone de confort si l’on veut continuer tranquillement ses habitudes et se reposer sur des symboles rassurants.

Ce qui n’est pas le choix de cette coquine de Blanquette...

Avec un peu de recul, on réalise que ce choix est bien moins sot qu’il n’y paraît :

Comment aurait-elle pu vivre sans apprécier la beauté de la montagne ?

Comment aurait-elle pu se priver des plaisirs de la vie ?

Comment aurait-elle pu rêver sans « regarder les étoiles danser dans le ciel » ?

Comment aurait-elle tenue sans s’accrocher aux dernières lueurs d’étoiles ? 

alcc14Au fond, quand on fait le tour de ces questions, apparaît plus clairement le véritable enjeu de « Blanquette » : celui d’apprécier le combat de la vie !

Le temps d’une nuit ?

Ce satané temps nous harcèle, dans l’absolu, une nuit c’est court pour vivre l’aventure d’une vie...

Son apparente rapidité peut nous mettre en difficulté.

Comment explorer les différentes possibilités de séquencer le temps pour mieux interagir, si ce n’est à travers l’adversité, la répétition de milliers d’actions, l’exploration de différents cycles ?

Le temps d’une nuit ?

Dans ce conte, la durée se mesure, en réalité, à la vie des autres chèvres étant passées avant elle. Combien de temps les autres chèvres ont vécu ?

Comment faire pour durer au moins aussi longtemps qu’elles, pour se mesurer dans la durée avec ses alter ego.

Le temps d’une nuit ?

Ce temps, c’est aussi celui de l’obscurité, des hésitations où seules les étoiles donnent de l’espoir, c’est celui d’une vie incertaine qui ne demande que des inspirations célestes pour réagir avec l’autre et mener le combat.

 

                                                    La nuit est en réalité le temps d’une vie !

 

Si l’on désir opérer avec pertinence sur une situation, si l’on veut adopter une réponse à la question qui se pose, il nous faut composer avec tous les éléments à disposition. Nos connaissances, nos savoir-faire, nos aptitudes, nos paroles doivent se réagencer pour former un ensemble cohérent.

Or sans la fluctuation intrinsèque des éléments qui s’ajustent entre eux, sans la convection nécessaire du souffle de vie qui les anime, sans le hasard du mouvement des éléments qui se trouvent en présence, il n’y a pas de vie réelle, pas d’échange, pas de synchronisation.

alcc13

Alors ce temps est l’occasion de tenter de redonner un coup de corne...En dansant bien sûr...sans être vraiment sûr de sa pertinence, de son effet sur la relation constructive avec l’autre...

alcc2

Épilogue :

Croiser des chemins, croiser le fer, croiser l’âme sœur...

S’échapper un peu du « droit chemin », sortir des sentiers battus, reste le seul moyen de se trouver à la croisée des chemins pour y trouver quelqu’un...

 

 

 

Abonnez-vous à la newsletter trimestrielle !

Merci.

 

Rémi BALTHAZARD

Posté par baltimer à 14:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]


!Quel Pied?

 

Plage Pied 1024

 

Sur quel pied faut-il savoir danser ?

De quel pied faut-il se lever pour passer une bonne journée ?

Faut-il avoir bon pied pour développer bon œil ?

M’en reste-t-il encore un peu sous le pied ?

 _ _

Il existe plus d’une trentaine d’expressions où le pied s’invite à la fête !

On y rencontre pêle-mêle : Avoir les pieds sur Terre - Attendre de pied ferme - Couper l’herbe sous le pied - Remplacer quelqu’un au pied levé - Partir d’un bon pied - Se prendre les pieds dans le tapis...

En le casant dans notre imaginaire, le pied grignote du terrain, il progresse dans nos attentions. En l’épinglant dans des expressions, le pied prend du caractère, il s’exprime.

A travers la myriade des cultures humaines, toutes sortes de manifestations à caractère sacré et thérapeutique ont jailli à travers l’histoire : Le cérémonial du lavement des pieds, la création d’empreintes ou de sculptures de pieds souvent ornées de symboles et d’écritures, la pratique de danses rituelles...

Toutes cherchent à prendre une forme séduisante pour induire une relation privilégiée avec le pied.

L’épisode du jardin d’Eden reste un incontournable, ce mythe décline un récit dont le talon prend un sens symbolique majeur :

Ève fut trompée par un serpent qui lui promit que les fruits de l’arbre du « milieu » ne donnaient pas la mort. Mais Dieu savait qu’ils lui ouvriraient les yeux et lui apporteraient le discernement entre « le bien et le mal », synonyme d’intelligence. (Genèse 3, verset 6.)

Il est important de préciser qu’Ève écouta la « voix » du serpent mais qu’elle s’aperçut d’elle-même de l’intérêt de « manger » de ce fruit et de le partager aussitôt avec Adam. Comme si tout s’assemblait, le désir, la disposition intérieure et l’action.

Alors Dieu condamna le serpent à ramper dans la poussière tous les jours de sa vie. Il confronta la reptation au désir d’élévation qui permet « d’être comme des dieux, connaissant le bien et le mal ».

 « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » (Genèse 3, verset 15)

Dans cette histoire, entre la tentation d’avancer et le désir de s’élever, les hostilités sont majeures et c’est entre la tête du serpent ondulant et le talon d’Eve pivotant qu’elles se manifestent...

 - - -

Bien sûr, la densité du récit offre plusieurs lectures mais le talon est bien désigné comme un symbole de la problématique humaine.

 - - -

Dans la mythologie grecque, le tendon d’Achille à partir duquel il mourut, en est un autre exemple. Autrefois suspendu à la main de sa mère, il ne fut pas immergé dans les eaux de l’invincibilité et c’est à cet endroit qu’il fut mortellement blessé par une flèche empoisonnée...

 (...)

Il est intéressant de noter que, dans chacune de ces histoires, c’est la féminité, synonyme de sensibilité qui est induite en erreur. Comme si notre interprétation intime ne permettait que difficilement  la mise en œuvre d’une réponse adaptée. Comme si notre disposition interne n’était que rarement en rapport avec nos réelles capacités d’action. Comme si notre désir rampant induisait une analyse sensible erronée et provoquait une réponse motrice déséquilibrée…

 (...)

La culture chinoise n’est pas en reste quand il s’agit de souligner l’importance du pied. Pour les occidentaux, le plus connu des rituels chinois est le bandage des pieds des femmes dont l’origine remonte au Xe siècle. Cette contention servait à rendre la traditionnelle « danse du lotus » plus expressive afin d’accroître la finesse chorégraphique et le désir intime qui l’accompagne.

Par extension, ce rituel devint une tradition familiale qui symbolise la richesse et la distinction avec tous ses excès...

Les chaussures de l’époque, finement brodées, témoignent également de l’importance donnée à l’agilité féminine, à sa beauté.

En médecine traditionnelle chinoise, les méridiens d’acupuncture ou « Jing » ont le même idéogramme désignant les livres canoniques, les classiques « Jing » (Yi Jing, Tao Te Jing...). Leurs contenus philosophiques raisonnent sur nos corps existentiels. Avec les points d’acupuncture ou « yu » (offrir), on obtient des chambres d’échos originales.

Ces vecteurs ponctués d’étapes évocatrices invitent à une lecture corporelle des classiques de philosophie. D’ailleurs, il est fort probable que la connaissance du corps ait influencé la transcription de cette philosophie du changement...

A travers ces « méridiens » et ces zones critiques désignées par ces « points d’acupuncture », on évoque par exemple la façon de mieux gérer l’activité et le repos, la façon d’organiser des mouvements rapides de bas en haut pour être en lien avec le sol et traverser le corps pour « s’ouvrir les yeux ».

Le pied chinois nous invite à développer notre sensibilité au temps intérieur, celle en relation avec nos appuis, avec notre souffle, avec notre répartition des efforts de redressement, pour être en mesure de mieux appréhender le temps extérieur. La synchronisation des dispositions internes avec les circonstances externes détermine le « temps favorable » cher à la culture chinoise.

A ce stade, la philosophie se confond avec ce qu’on appelle la temporalité du corps, la synchronisation des actes, « le geste juste »...

cabinet_décoration blog

Dans nos sociétés contemporaines, si le pied a perdu de son caractère sacré, il est choyé ! 

On lui connaît toutes sortes de morphologies qui se distinguent essentiellement par la différence de longueurs des doigts de pied ce qui est révélateur de stratégies d’appuis variables en fonction de nos origines.

Toutes sortes de pathologies sont identifiées, on compte parmi les plus connues l’épine calcanéenne, l’hallux valgus (l’oignon au gros orteil), les multiples déformations de la voûte plantaire entrainant des pieds creux ou plats.

Les entorses de cheville, les tendinites du tendon d’Achille sont diagnostiquées avec la plus grande attention.

On trouve aussi des manifestations neurologiques comme la maladie de Horton. La conduction nerveuse est perturbée par des compressions et des strictions provoquées par les tissus musculo-aponévrotiques du pied. Il en résulte des algies et des paresthésies.

LVMH 1024

Pour le soigner, quand c’est possible, on l’opère !

Des spécialistes font leur travail très correctement, ils redressent, ils stabilisent, ils décompriment le pied souvent au détriment de sa fonctionnalité, mais elle était déjà largement oubliée...

À la suite d’entorses, on lui met une attelle. Parfois on lui colle des bandes, on le « strappe» pour le tenir ou pour réaliser des rappels proprioceptifs sur la peau.

On le rééduque, dans beaucoup de cas. On connaît sa biomécanique, on tente de l’appliquer au réel sur un pied altéré. On sait le travail fastidieux...

On le chausse alors !

Selon le cas, la chaussure se doit d’être belle et d’apporter un certain confort.

La pertinence du chaussage joue un rôle majeur dans nos vies : pour la plupart d’entre nous, prendre soin de ses pieds, c’est trouver la bonne pointure, le bon maintien, le bon confort. De trouver chaussure à son pied !

Et puis, si la chaussure n’apporte pas les résultats escomptés, si sa beauté et son efficacité s’étiolent, elle répond dans tous les cas à un désir de le protéger.

Libre à nous d’en changer !

Quand c'est nécessaire, la podologie se propose de soutenir, stimuler, protéger le pied grâce à des semelles personnalisées. La pédicurie accompagne le vieillissement du pied, on entaille délicatement les ongles devenus épais, on « écorne » la peau, ce qui est souvent très agréable.

alternance contemporaine

                                                Psalmodie

-Dans la vivacité du temps présent - On réinvente le pied en exaltant les bienfaits de la marche sur la plage ou en vénérant les bénéfices d’un pèlerinage au long cours.

-Dans la fièvre du bien-être - On le dorlote en « écartant les doigts de pied en éventail », on le roule sur un bâton ou une balle, on le masse, on lui colore les ongles...

-Dans l’imaginaire de notre époque - On le dote de vertus réflexives, on lui confère de la sensualité, on lui accorde la valeur symbolique du plaisir absolu : C’est le pied !

baisé volé

Une analyse fonctionnelle du pied apporte des éléments de compréhension sur la nature de la rencontre du pied avec le sol, avec soi-même, avec l’autre aussi...

La qualité de la prise d’appuis dynamique du pied avec le sol conditionne l’orientation des forces transmises au reste du corps. En augmentant la surface de contact du pied avec le sol tout en optimisant la mobilité de la cheville, on améliore les stratégies d’équilibre tout en contribuant à la propulsion.

Dans le meilleur des cas, l’avant-pied travaille à s’élargir et surtout à s’allonger pour assurer un équilibre dans la dynamique propulsive de la déambulation. Quand la durée du contact du pied au sol augmente, l’équilibre est meilleur, la marche devient plus assurée. Les muscles de la jambe transmettent alors plus précisément des forces en mesure d’accompagner les mouvements du genou qu’elles rencontrent sur leur chemin. Ce pivot-relais qu’est le genou sera également accompagné par les muscles de la hanche pendant que la cuisse antérieure assurera la stabilisation dynamique propre du genou...Tout cela dans un enchaînement qui souvent dépasse l’entendement mais qui est conditionné, en priorité, par le rapport au sol qu’offre le pied.

Cette transmission de forces est un défi permanent d’autant qu’à chaque pas, c’est un seul pied qui doit le relever au service de l’ensemble du corps !

L’autre problématique fonctionnelle majeure est la perte de priorité du pied comme initiateur de l’équilibre et du mouvement. Insidieusement, la région céphalique, à la fois très réflexive et très expressive, intente des actions, impulse des tensions ce qui diffuse des crispations dans l’ensemble du buste affectant l’équilibre postural dans son ensemble.

En lui imposant de tels schémas sensori-moteurs, le pied ne peut répondre dans de bonnes conditions.

Dans l’organisation d’un geste, dans la signification d’un acte, on ne traverse plus son corps des pieds à la tête avec force et précision. Avec le temps, on s’habitue, on réinvente des référentiels d’équilibration dont la réflexivité et l’activité se concentrent essentiellement au niveau de la tête : Les yeux ciblent plutôt qu’ils n’observent, les oreilles internes perdent leurs rapports avec le reste du corps, la nuque, dans sa partie haute se raccourcit et raidit les mouvements susceptibles de stabiliser la tête, de détendre les liens qu’on entretient avec la tête pour mieux interagir et avoir accès plus aisément aux multiples informations que le cerveau met en relation.

C’est dans une meilleure répartition des efforts, une meilleure configuration de nos axes par rapport à la gravité que l’on peut retrouver la juste distance à entretenir avec son environnement, soi-même, l’Autre.

Le pied en est l’initiateur !

Dans sa dimension philosophique, quand on forme des « circuits-courts/courts-circuits », on perd de la hauteur de vue, on manque de recul, on altère la mesure de l’effort nécessaire en toutes choses.

marche_en_conscience

Dans le cadre d’une thérapie, la connaissance du pied, de ce qu’il peut exprimer permet de l’explorer de façon plus sensible.

L’important est de « toucher juste », il faut savoir être au cœur des préoccupations du moment pour faire émerger des dysfonctionnements et tenter d’œuvrer à l’élaboration de leur transformation.

La pratique d’exercices structurants permet de tendre vers des logiques d’équilibre affinées pour développer des attitudes comportementales plus adaptées.

_ _

C’est l’objectif de la corps-thérapie !

« Real Growth Begins at the End of Your Comfort Zone »

_ _

Quand il s’agit de mieux s’imprégner de la nature du contact du pied avec le sol qui doit transmettre sa force au reste du corps, ne soyons pas dupe, adoptons le principe de l'inversion!

_ _ 

~À chaque pas, le principe d’inversion est présent~

~À chaque pas, s’exprime le paradoxe des parties qui s’éloignent pour mieux se rapprocher~

~À chaque pas, le choix alternatif du sujet sur lequel on s'appui pour déambuler plus librement est à déterminer~

 

inversion 1024

 

Sur quoi m’appuie-je ? Le sol ou le pied ? Comment passer de l’un à l’autre ?

Sans cesse, les forces s’organisent à partir de zones d’appui qui s’inversent et font le jeu de l’alternance.

Du sol au pied puis du pied à la jambe et finalement de la jambe au reste du corps et en particulier aux muscles pelviens, les forces progressent vers le haut pour être reformulées par l’autre pied qui transmettra vers le haut à son tour.

L’enjeu est particulièrement difficile à relever car au niveau des pieds, au niveau de notre toucher terrestre à entretenir et de notre aspiration céleste à affiner, le principe d’inversion est à son comble.

Comment redécouvrir les vertus de l’horizontalisation, de l’ouverture, de la mise en partage après avoir tant œuvré à nous verticaliser, à nous identifier, à circonscrire notre humanité aux libertés balbutiantes ?

Concrètement, à partir du pied, de multiples processus ondulatoires et rotatoires tentent de s’organiser. Nulle part ailleurs la reptation contractile et coordonnée des muscles concernés ne doit autant s’exprimer.

Ce qui est caractéristique, c’est que l’ensemble des muscles courts se concentre au niveau du pied, ils ne sont pas en rapport directement avec la cheville. Seuls les muscles longs de la jambe font le lien.

De l’exigence d’un pied souple et ferme pour épouser le sol, on devra composer avec la vélocité difficile à maîtriser des muscles longs de la jambe pour tendre vers « le ciel ». Le basculement des forces, leur enchaînement, leur inversion s’exprime pleinement, dans ce cas de figure.

La position des tendons de ces muscles longs en rapport avec ce pivot articulaire qu’est la cheville et leurs insertions distales au niveau du pied détermineront leurs rôles.

Ces muscles de la jambe vacilleront ainsi entre stabilisation dynamique s’ils sont près des malléoles et propulsion s’ils se trouvent plus à distance au niveau du talon.

sur la pointe des pieds

L’apprentissage fastidieux que cela nécessite signe là une caractéristique incontournable de notre humanité, apprendre à vivre notre condition en conscience et se sentir pleinement responsable du respect que l’on se doit. C’est la traduction du principe même de l’inversion dans nos relations humaines.

Libre à nous de nous en rapprocher ou de nous en éloigner !

Toute tentative de s’en échapper nous induit en erreur, toute inversion mal négociée risque de nous faire chuter, toute croyance un peu trop ancrée nous éloigne de la réalité car en la partageant sincèrement, elle prendra inéluctablement une autre forme avec laquelle il faudra composer.

pieds bannière

 

Ne plus savoir sur quel pied danser, ne plus reconnaître la vérité, mais lui donner une vraisemblance et continuer à cheminer pour se familiariser avec l’altérité...

Le principe de l’inversion, c’est faire ce qu’on peut de « l’arbre du milieu », c’est synchroniser le temps corporel avec le temps circonstanciel, c’est mieux répartir ses efforts en soi-même pour trouver la juste distance à entretenir avec son environnement, c’est se mettre à la place de l’autre tout en défendant ses propres intérêts.

 

!Quel pied?

Le principe d’inversion nécessaire au bon déroulement du réel exprime, tout à la fois, la nature paradoxale et l’incertitude permanente de la vie.

Notre principal défi est bien de répondre à cette inversion et c’est grâce à la cohérence de notre sensorialité et à la pertinence de nos moyens d’action que l’on peut essayer.

Le défi est difficile à relever !

Quoi qu’il advienne, c’est là où l’intelligence collective trouvera son expression la plus manifeste et fera de cette inversion bien balancée un moyen permettant de s’exprimer plus librement, plus respectueusement aussi pour donner à chacun les moyens de dire sa vérité en espérant bien chatouiller celle des autres...

~~~~

Être bête comme ses pieds ? Pas si sûr !

~~~~

 

 

Rémi BALTHAZARD.

 

Cet article vous a plu ?

Alors inscrivez-vous à la newsletter trimestriel.

Merci

 

Le lieu de l'instant

027E0F47-5BC2-4FEA-B44C-FB4B70D68CCF

 

« Comment détecter les lignes de forces en présence ? Comment les comprendre pour les associer ? De quelle manière le terrain peut être porteur ? De quelle façon peut-on intégrer le lieu de l’instant pour que la situation puisse s’infléchir favorablement vers un échange d’informations structurantes ?»

« La lanterne de l’expérience n’éclaire que celui qui la porte »

« (...) en quelques secondes, ils peuvent passer du silence à une danse frénétique, accompagnée de claquements des mains, de mouvements rapides des pieds, pendant que les plus inventifs dérobent dans la cuisine une casserole ou un plateau pour en faire des tambours de fortune. »

« Déjà la fin du plus petit et plus jolie mois de l’année !

Que le temps passe vite... »

 

Mais pourquoi est-ce si difficile de vivre l’instant ?

Lieu de notre réalisation, lieu de notre vieillissement aussi...

Serait-ce l’instant d’un questionnement dérangeant ? Un lieu trop déstabilisant ? Un moment laissant apparaître une fragilité, une vulnérabilité ? Au point qu’il vaille mieux s’en échapper ?

Et, en dépit de toutes ces difficultés, chercher à vite ranger ces moments dans une zone du passé qui pourrait bien servir, une prochaine fois ?

À moins que notre mémoire symbolique réponde préférentiellement à toutes ces incertitudes pour les couvrir d’un voile de bienséance et de civilité. 

Observer, écouter, se souvenir de notre potentiel réactif pour interagir avec les subtilités de l’instant peut sembler moins confortable car il s’agit encore de trouver l’interstice, de s’y glisser rapidement pour tenter d’approfondir la relation, et mettre en évidence l’importance du processus relationnel.

Quand on évoque une période de notre existence, on fait généralement appel à un mode de réflexion symbolique. Les images stimulent l’imaginaire, les mots insufflent des concepts ce qui fait de nous des êtres de culture en quête de définitions, de compréhension, d’assimilation.

Souvent, il convient de s’imposer une exigence de clarté voir de simplification pour s’accorder une certaine vision commune des étapes de la vie, du temps qui passe...

Pour y parvenir, il est souvent nécessaire d’éliminer le singulier, l’ambiguë, le complexe.

Ainsi, dirons-nous que les décades, les considérations socioprofessionnelles et les activités pratiqués sans oublier le fameux bulletin de santé (...) apportent déjà de nombreux repères.

Un autre phénomène contribue également à faciliter la compréhension, c’est le concept directeur de la prééminence d’un idéal sur le réel de nos vies. Autrement dit de donner beaucoup d’importance aux modèles sur-représentés qui finissent par s’imposer comme des simulacres de réalité.

Ainsi chercherons-nous, par choix à nous démarquer ou à nous assembler, selon le cas, autour de codes vestimentaires, prenant par là-même, les apparences d’une sorte d’idéal qui nous sciée, histoire de brouiller encore un peu les pistes...

N’existerait-il pas d’autres moyens de compréhension du temps qui passe, d’autres moyens d’en enrichir notre entendement ?

Cette symbolique temporelle à forte connotation culturelle, ne devrait-elle pas s’accompagner d’une plus grande attention aux circonstances et finalement à notre capacité à entrer en relation avec notre environnement ?

Certes, la bienséance et la civilité apportent des éléments utiles à l’élaboration d’une mise en relation, mais les ressources issues du grand nombre d’expériences répétées apportent au moment que l’on est train de vivre plus d’intensité.

Quoiqu’il en soit, la réflexivité face aux circonstances comme la prospective de modèles à suivre ont pour objectif de vouloir se confondre avec le résultat : une bonne qualité de relation.

 

La qualité de l’échange est tout ce qui importe !

 

Cependant, forces est de constater que les ressources principales de la mise en relation s’inscrivent essentiellement dans la situation. Cette dernière est porteuse d’informations à même de favoriser les variations de forces et de directions afin d’engendrer un échange, de faire advenir plus favorablement la mutation en cours.

Les stratégies qui en découlent permettent un rapprochement relationnel, une juste distance entre les éléments pour leur offrir les conditions de l’échange d’informations.

Cette action ressourçante s’accommode d’un champ des possibles dont l’impact dépend aussi du cadre. Le décorum en adéquation avec « l’importance » de la situation apporte les conditions d’un échange fructueux.

De cette relation, il en ressort des logiques harmoniques, une éthique de l’échange semblable à une esthétique de l’entre-deux, une composition joyeuse et bien orchestrée.

La plupart du temps l’exercice consiste à composer non pas avec des ressemblances, comme on peut l’imaginer par les processus analogiques habituels mais bien de composer avec la différence, comme si le rapprochement ne s’opérait que par médiation.

Dans cette acception, les acteurs doivent intégrer l’autre, l’objet qu’il ne gère pas, qu’il n’aime pas, même, et qu’il doit prendre en compte pour ne pas les exclure.

Les acteurs en place sont invités à chercher à se mettre en retrait pour laisser advenir...

Mais c’est le plus réactif, le mieux informé qui gagnera en position favorable pour rendre service à la qualité de la rencontre. C’est une position éthique et esthétique au service du vivre ensemble.

Cela ne signifie pas qu’il faille totalement renoncer à l’unité conventionnelle et idéalisée mais il faut savoir respecter la liberté de chacun, renoncer à tout ordonner.

 

Comment donner une force constructive à une relation ?

 Comment faire en sorte que chacun de nous soit poussé à son meilleur sans se mettre en avant ni laissé s’installer le chaos, pour que l’échange reste le lieu où vivre garde un sens et conduise vers un rapprochement ontologique ?

 Notre sentiment d’existence évolue avec le temps, lorsque l’on ressent qu’on a vécu plus de temps qu’il ne nous en reste à vivre, quelque chose peut naître en nous de différent. Il y a une sorte de déprise qui peut nous rendre plus vrai.

Tout vient par immanence, nous ne décidons pas de ce passage à cette autre phase de la vie.

Quelque chose se décale, par un cheminement discret et ouvre progressivement des possibilités qu’on n’attendait pas.

On réalise aussi sa mort, l’annonce de cette fin donne au présent une acuité nouvelle.

 Alors l’authenticité, la sincérité, la singularité assumée se mêlent avec les souvenirs de son destin, son histoire vécue. On aimerait les offrir au commun, à la famille, à son entourage pour partager l’expérience d’une communauté d’esprit, d’une filiation héréditaire aussi.

 Est-ce dont cela le vieillissement ?

Faut-il encore chercher des lieux propices à vivre l’instant pour continuer d’exister, de se réaliser encore un temps ?

De tout cela est fait notre vieillissement, du lieu de l’instant.

 

Rémi Balthazard.

 

PS:

Cet article vous a plu ?

Abonnez-vous à la newsletter !

Corps-thérapie ?

2AE0C385-0A12-4D6C-BD12-3C98EC711DF4

 

La Corps-Thérapie est une pratique gymnique un peu à part...

Elle repose sur une démarche didactique où les enseignements traditionnels gymniques se nourrissent des sciences du mouvement et des neurosciences.

L’un des principes est d'influencer plus consciemment nos capacités à mieux sentir pour mieux agir.

C'est une gymnastique de pleine conscience !

Le cheminement en corps-thérapie consiste à trouver progressivement les moyens de faire des mouvements dans de bonnes conditions d'équilibre et de souffle pour développer l'amplitude et la force graduellement.

L’enseignement se fait grâce aux mimétismes, aux explications, aux déclinaisons qui accompagnent le processus et permettent d'adapter les enchaînements car il est question de rythme, avant tout.

La Corps-Thérapie, grâce à de nombreux exercices spécifiques et variés, permet de mettre en évidence nos compétences fonctionnelles à différents niveaux du corps; on apprend, ainsi, à  mieux gérer notre équilibre dynamique.

En pratiquant régulièrement, on apprend à mieux se connaître et à retrouver progressivement de nouvelles possibilités non seulement gestuelles mais aussi comportementales. Cette pratique nous enrichit le présent.

Elle facilite la pratique d'activités sportives grâce à une meilleure connaissance de soi-même, de son potentiel.

 

Rémi Balthazard

 

PS:

Cet article vous a plu ?

Abonnez-vous à la newsletter trimestrielle !