lieu de l'instant

 

Comment passer du silence à une chorégraphie bien orchéstrée?
Comment y pointer son nez ou ses pieds ou même son corps tout entier ? 
Comment passer d'une lente observation à une mise en action rythmée ?
Comment comprendre ce qui est en train de se passer pour mieux s'y associer ? 

Mais comment peut-on vivre ce lieu de l’instant ?
Serait-ce le lieu d'un questionnement trop déstabilisant ? Un endroit trop hasardeux pour s'y aventurer ?

Et si on se lancait au risque de faire quelques faux pas !
Et si ça pouvait bien servir une prochaine fois !

Soyons vigilant car notre bienséance, notre civilité, nos stratgèmes risquent de prendre trop d'importance sur toutes ces réponses à apporter aux incertitudes que représentent ce lieu de l'instant.

Ne faudrait-il pas observer, écouter, questionner par quelques attitudes avant de se lancer ? Par la parole bien sûr, mais par le corps surtout, de façon à interagir plus subtilement avec ce moment présent.
Cela peut sembler inconfortable, tout va tellement vite...
Il est délicat de trouver l’interstice, de s’y glisser et de tenter de progresser judicieusement afin de s'y installer profondément...
Oh...juste histoire d'embellir la relation !

Entrer en relation n'est pas si évident, une fois passé les "bonjours", "merci", "de rien", "à bientôt"... que reste-t-il ?
Souvent, on est tenté d'évoquer une simple information sur le temps, le fil de la vie et des évènements dominants "l'actualité", des enfants, du travail...
Mais vite fait !
Parfois, on peut espèrer un peu plus...
On peut alors faire appel à notre mémoire faite de symboles partagés, d'images évocatrices d'un contexte, d'odeurs caractéristiques, de mots signifiants la force d'une discussion, d'une lecture...
Cette mémoire nous a tant façonner.
Nous sommes des êtres de culture, nous nous devons de la partager ! 

Mais notre diversité nous effraye aussi, nous avons souvent besoin de limiter l'expression de nos différences pour communiquer. Il est difficile de circonscrire notre humanité si diverse, alors pour augmenter notre désir d'assimilation, il convient de s’imposer une exigence de clarté voir de simplification. Quand on cherche à s’accorder autour d'une certaine vision commune des étapes de la vie, il est nécessaire d’éliminer le singulier, l’ambiguë, le complexe.
Parfois, on est tenté de faire le contraire pour mieux se définir, au risque d'exclure...
Pour y parvenir, il est préférable de se limiter à quelques notions claires : L'âge, les lieux de vie et d'explorations géographiques, l'organisation familiale, les loisirs, sans oublier le fameux "bulletin de santé". Il révéle tant de choses sur notre hérédité, nos habitudes, notre vie un peu cabossée...
Tous ces éléments apportent de nombreux repères sur le temps passé, les lieux traversés. La façon de se rencontrer s'en trouve facilitée.

D'autres phénomènes contribuent également à façonner la relation : la prééminence d’un idéal sur le réel de nos vies. Autrement dit, la volonté de se donner un aspect, le désir de s'offrir un "modèle", l'envie de se doter d'un ensemble de "codes", la nécessité de se choisir un cadre de représentation... Tout cela finit par s’imposer comme une part de son identité.
Ne faut-il pas prendre les apparences d’une sorte d’idéal qui nous sciée ?

N’existerait-il pas d’autres moyens de compréhension de soi-même comme de l'autre à travers ce temps qui passe ?
N'y-aurait-il pas d’autres moyens d’enrichir notre entendement, notre accord momentané ?
Ne devrions-nous pas porter une plus grande attention aux circonstances du moment ?

Aux préléminaires d’une relation, il est necessaire d'apporter un lot de bienséances et de civilités ; il faut savoir partager un imaginaire quelque peu commun; il est important de simplifier les sujets de discussion; il importe de respecter les idéaux de chacun...
Mais que faire de nos ressources gestuelles ? Comment tenir compte de ce langage corporel à même de "donner le ton" à la relation ? Comment apporter plus d’intensité et d'opportunité pour enrichir l'échange ?

Quoiqu’il en soit, la politesse, la simplification, le respect  tout comme le logique comportementale ont un même objectif : Trouver les moyens d'améliorer nos relations !

La qualité des échanges est tout ce qui importe dans une vie !

Forces est de constater que les ressources principales d'une belle mise en relation s’inscrivent essentiellement dans la situation. Les circonstances du moment sont notamment porteuses d’informations factuelles d'ordre corporelle, négocier et jouer avec ces forces en actions engendre un échange constructif.
Reconnaître ces expressions, ces équilibres et ces mouvements qui traduisent les mutations en cours, permet de faire advenir plus favorablement un changement, un échange d'informations structurant.

Des tactiques et des stratégies judicieuses permettent ce rapprochement relationnel offrant des conditions plus favorables à l’échange.

Avant tout, la juste distance permet aux forces de mieux se réajuster. Le corps est constamment invité à évaluer, à mesurer des distances afin de saisir les actions qui sont à sa portée.
Selon le cas, l'oeil, l'oreille, la bouche, le nez, le toucher sans oublier le mouvement pourront faciliter la transmission d'informations.

Dans tous les cas, il importe que ces transformations à l'oeuvre s’accommodent d’un champ des possibles...
Dans tous les cas, il faut savoir être raisonnable et procéder par étape...
Dans tous les cas, le corps incontournable dans la transmission d'information ne doit pas être envahissant...

De toutes les façons, il faut savoir jouer gagnant-gagnant, c'est le pari à engager!
Les corps doivent s'entrainer, s'enlacer sans jamais être abusés!

La plupart du temps, l’exercice corporel consiste à composer non pas avec nos ressemblances, par une sorte de "mimétisme béa", mais avec nos différences. L'équilibre ne s'exerce qu'entre des forces contraires, il en est le cadre.
Le rapprochement ne s’opère que par médiation, par distanciation.

Dans la réussite d'un échange digne de ce nom, les acteurs sont réciproquement invités à se mettre un peu en retrait et à laisser advenir...
C’est le plus réactif, le mieux informé qui gagnera en "position favorable". Il se doit de rendre service à la qualité de la rencontre, de tenir une posture éthique voir esthétique au service du "vivre ensemble".
Pour en saisir les opportunités, le corps spontannés doit être à l'oeuvre.
Il est faits d'un long apprentissage de soi-même par le corps, par ce qu'il peut nous dire des conditions de notre existence.

Tout cela ne signifie pas qu’il faille totalement renoncer à l’unité conventionnelle et idéalisée, il faut simplement savoir renoncer à tout vouloir ordonner...
Le temps fera son oeuvre, les corps s'informeront discrètement. Souvent ils ne diront rien, ils agiront un peu autrement qu'avant. S'ils y découvrent l'aisance, ils retourneront vers cette quête du corps signifiant.

Alors, comment donner une force constructive à une relation ?
Comment faire en sorte que chacun de nous soit poussé à son meilleur sans se mettre en avant ni laissé s’installer le chaos ?

L’échange corporel, le langage corporel est le lieu du rapprochement, il sait encouragé à l'autonomie comme il sait porter l'autre dans son désoeuvrement...

Patience, notre corps nous dit, prends-soin de moi, ne cesse-t-il de nous répéter!

(...)

Avec le temps notre sentiment d’existence évolue. Lorsqu’on a déjà un peu vécu, lorsqu'on a traversé plus de temps qu’il ne nous en reste à parcourir, quelque chose de différent peut apparaître en nous. Comme une sorte de déprise qui peut nous rendre plus vrai.
Tout vient par immanence, nous ne décidons pas de ce passage, quelque chose se décale par un cheminement discret. Nous nous ouvrons progressivement à des possibles qu’on n’attendait pas. Le corps nous le rappelle d'une manière ou d'une autre, il nous dit combien il est temps de mieux nous en occuper...

Est-ce dont cela que nous révèle le lieu de l'instant ?
Faut-il encore chercher des lieux propices pour partager des bons moments et continuer à nous faire exister humainement ?
Comment est-il possible de se réaliser encore un temps ?

De tout cela est fait notre existence : Du Lieu De l'Instant.

 

Rémi Balthazard.

 

PS:

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